Au réveil, elle éprouve une sensation bizarre. Un événement exceptionnel va se produire aujourd’hui, mais elle ne sait
pas lequel.
Après le déjeuner, la domestique, qui est allé chercher le courrier, tend une lettre à Manon.
- C’est pour vous, mademoiselle.
Manon prend l’enveloppe, la décachette fébrilement, déplie la feuille et lit les quelques mots griffonnés d’une écriture
penchée.
« Je viendrai cet après-midi. Je pourrai enfin te serrer dans mes bras et t’aimer. Nous ne nous quitterons
plus ma chérie. Charles-Henri »
La main de Manon tremble. Elle avale difficilement sa salive. Il va venir. Elle sent une douce chaleur l’envahir. Elle a
l’impression d’avoir la fièvre, ses joues, son front sont brûlants.
« Il va venir » répète-t-elle, elle va enfin faire sa connaissance. Les battements de son cœur s’accélèrent. Elle monte
précipitamment dans sa chambre, choisit une tenue qui met sa silhouette en valeur. Elle s’assoit devant sa coiffeuse et, avec application, commence le brossage de sa chevelure. Elle veut
qu’il soit en admiration devant elle, elle veut le subjuguer, l’éblouir, lui faire regretter de n’être pas venu plus tôt. Elle sait qu’il l’aime.
Les aiguilles de l’horloge avancent inexorablement. On peut entendre le bruit sourd que font les secondes sur le cadran.
Manon se contemple une dernière fois dans son miroir et semble satisfaite de l’image qu’il lui renvoie. Elle pose le pied sur la première marche du grand escalier lorsque soudain, le doux
tintement du carillon de l’entrée résonne. Elle se fige, la main crispée sur la rampe.
- Bonjour ! Mademoiselle Manon doit m’attendre, veuillez lui annoncer mon arrivée, je vous prie. Mon nom est
Charles-Henri.
Il a une belle voix grave, sensuelle. Manon se retient de ne pas descendre quatre à quatre les marches. Elle n’a plus
qu’un souhait, le voir, se précipiter dans ses bras et lui dire qu’elle l’aime et qu’elle veut vivre auprès de lui.
Elle le voit. Il est dans le hall, il l’attend. Elle peut l’observer à sa guise sans crainte d’être vue. Il est beau,
grand, fort, un port de tête altier comme elle se l’est imaginé depuis six mois, depuis qu’elle sait, qu’un jour prochain, il va venir la chercher. Il est élégant. Il est vêtu d’un
pantalon de velours marron et d’une veste en tweed qui laisse découvrir une chemise d’un blanc immaculé. Ses cheveux, coupés courts, sont noirs d’encre. Une moustache, taillée impeccablement,
souligne sa lèvre supérieure. Elle ne voit pas ses yeux, elle suppose qu’ils sont bleus, comme les siens.
Manon se décide enfin à franchir les derniers mètres qui la séparent de cet homme qu’elle aime déjà.
Charles-Henri lève les yeux et regarde la gracieuse silhouette qui s’avance vers lui. Il est ébloui par tant de
beauté. Il reste figé, incapable de faire un seul geste.
- Je suis si heureuse de te connaître enfin, prononce Manon, très émue, en se précipitant dans les bras de son
père.
Jolie la chute! Bravo pour le suspense et pour cette nouvelle, sensible et bien enlevée. A bientôt Loula. Malou
commentaire n° : 1
posté par :
Malou
(site web)
le: 24/04/2008 23:45:12
Géniale la chute. J'ai beaucoup aimé cet égarement dans lequel tu nous envoies, on croit à une correspondance amoureuse, et voilà! Bien fait pour nous. Et puis, on se dit que non finalement, connaître son père si tardivement c'est cruel et déstabilisant mais c'est une belle histoire qui commence.
Chère Polly, c'est vrai, c'est assez déstabilisant de connaître son père très tardivement. On l'a idôlatré, on en a rêvé, alors lorsqu'il apparaît, même si tout au fond de nous on lui en veut, on se précipite dans ses bras pour rattraper le temps écoulé sans lui. Merci pour tes mots. Bisous
Tu nous gâtes, Sophie. Tu nous égares. On cherche la chute, le piège et le problème. Si je te dis que je ne l'ai pas vu venir, tu me crois. Bises Roland.
commentaire n° : 5
posté par :
Roland Ivy
(site web)
le: 25/04/2008 15:47:37
J'ai toujours autant de plaisir à te lire. Tes textes sont merveilleux. A bientôt - Bises
je suis content, j'avais trouvé na na na il n'empeche que c'est tres bien ecrit comme d'habitude, ou que je commence a comprendre comment tu "fonctionnes" va savoir .....
merci pour ce bon moment
commentaire n° : 8
posté par :
fELIX
(site web)
le: 25/04/2008 21:50:29
J'aime que les histoires nous emmènent là où l'on ne s'attendait pas à aller. Celle-ci est une très jolie réussite et toujours cette belle plume si agréable à lire. Bon week-end à toi
Merci Roland de ta visite. Un régal de te lire de nouveau et tes mots me font chaud au coeur.
J'ai un petit problème informatique, je réponds à mes messages d'un autre ordi. J'espère que tout va rentrer dans l'odre cette semaine, que je puisse rendre visite à mes amis. A bientôt Roland
Fleurdemars, merci de ta visite. L'inspiration,? , elle est toujours présente, à me demander si je n'ai pas une petite case dans mon cerveau spécial "inspiration". Bisous
Bonjour Loula, est-ce que si tu avais commencer par dire qu'il s'agissait de son Père cela aurait autant de suspens? C'est de ne pas savoir ce qui vient directement après qui fait l'art des cours récits? Un récit bref, intense de suspens et plein d'imprévisibles torunures. Bravo!
Merci LuckyFirst, ton appréciation me touche beaucoup. pour répondre à ta question je pense que si, dès le départ, j'avais dit qu'il s'agit de son père, l'impact n'aurait pas été le même. Amicalement, Loula
Bonjour Maylodie, merci de ta visite, c'est avec un grand plaisir que je t'accueillerai à nouveau dans mon domaine. J'ai été charmé par ton merveilleux jardin et je viendrai m'y promener avec bonheur. A bientôt, Loula
Ah Loula, ce texte est sublime comme tous ceux que je lis ici, j'accroche toujours à ces histoires magnifiquement contées, et celle-ci est passionnante. On attend impatiemment cette rencontre que l'on sait amoureuse, elle l'attend, elle l'espère, elle se l'ait imaginé, on l'a sent éprise.... et au final, elle découvre son père, c'est magnifique ! bravo talentueuse Loula, tu nous fais vibrer avec tes merveilleux écrits !