Jeudi 8 mai 2008
L' INCONNUE DE LA PLACE
Le temps est gris, la neige tombe et recouvre de son manteau immaculé la petite place. J’aime
venir y flâner lorsque j’ai un créneau dans mon emploi du temps.
Aujourd’hui, j’évite de m’asseoir sur l’un des bancs qui entourent la petite fontaine. Je me dirige vers la brasserie où les promeneurs vont se réfugier pour prendre un thé, un chocolat ou un café bien chaud J’espère que ma place préférée est toujours libre. La vue sur l’extérieur y est un régal.
Le jeune serveur m’a reconnue et se précipite vers moi.
- Bonjour, madame, heureux de vous voir, vous avez de la chance, malgré le monde qui vient se réchauffer aujourd’hui, votre place vient de se libérer et vous attend.
Je le remercie chaleureusement et je me glisse entre les tables occupées pour rejoindre mon petit coin. Je commande un thé vert et une pâtisserie maison, une tarte meringuée aux figues fraîches, une petite merveille de douceur. Je fais l’impasse sur ma ligne, on peut s’octroyer de temps à autres un petit plaisir sans culpabiliser.
Installée confortablement, je regarde par la baie vitrée. Le paysage baigne dans une clarté blanchâtre, lumineuse. Les réverbères sont allumés et déposent une couleur orangée sur le tapis blanc. Le filet d’eau de la fontaine s’est transformé en glaçon, on dirait une stalactite !
Je suis absorbée par la contemplation de ce décor hivernal lorsque mon regard est attiré par une jeune femme, presque une adolescente, que je n’avais pas aperçue tout de suite. Elle est assise sur l’un des bancs, et semble indifférente à la neige qui tombe en petits flocons serrés. J’appelle le garçon.
- Jeune homme, s’il vous plaît, connaissez-vous cette jeune fille assise sur le banc ?
Il regarde et secoue sa tête.
- Je suis désolé, je ne l’ai jamais vu. Puis-je vous être d’une quelconque utilité ?
- Gardez-moi ma place, je reviens de suite.
Je sors de la brasserie et me dirige vers la silhouette emmitouflée dans un manteau de laine confortable, qui semble la protéger du froid ; pourtant elle tremble.
- Mademoiselle, vous ne devriez pas rester figée sur ce banc. La température descend de plus en plus, vous allez attraper du mal.
Elle ne semble même pas m’entendre. Tout doucement, je pose ma main sur son bras. Soudain elle sort de sa léthargie et me regarde fixement.
- Que me voulez-vous ?
- Simplement vous inviter à prendre une boisson chaude dans cette brasserie. J’ai le sentiment que vous n’allez pas très bien et, à l’intérieur nous serons mieux pour parler.
La jeune fille semble hésiter, puis se lève et m’accompagne. Je fais signe au garçon de m’apporter un deuxième thé et une tartelette. Je la regarde, elle semble si jeune, dix neuf ans, peut-être moins. Soudain, elle lève sa jolie tête, ses yeux s’emplissent de larmes et, ne pouvant pas maîtriser le tremblement qui agite ses lèvres, elle me dit dans un souffle :
- Je viens de quitter définitivement ma famille, ce n’était plus vivable.
On dit que l’histoire ne se répète jamais, mais…. quelle similitude !
Je classe dans mon esprit les arguments que je vais faire valoir pour la faire revenir sur sa décision : tu es si jeune, tu es sans doute encore lycéenne, la vie est dure, se retrouver sans un toit, sans rien, n’est pas simple, tu es une proie facile, le monde qui t’entoure n’est pas tout rose. Il va te falloir beaucoup de courage pour affronter cette nouvelle vie…
Mais au moment où je m’apprête à prendre la parole apparaît, fugace, presque subliminale, l’image de l’adolescente malheureuse que j’étais. Je me tourne alors vers elle, et je lui dis simplement :
- Tu as eu raison.
Aujourd’hui, j’évite de m’asseoir sur l’un des bancs qui entourent la petite fontaine. Je me dirige vers la brasserie où les promeneurs vont se réfugier pour prendre un thé, un chocolat ou un café bien chaud J’espère que ma place préférée est toujours libre. La vue sur l’extérieur y est un régal.
Le jeune serveur m’a reconnue et se précipite vers moi.
- Bonjour, madame, heureux de vous voir, vous avez de la chance, malgré le monde qui vient se réchauffer aujourd’hui, votre place vient de se libérer et vous attend.
Je le remercie chaleureusement et je me glisse entre les tables occupées pour rejoindre mon petit coin. Je commande un thé vert et une pâtisserie maison, une tarte meringuée aux figues fraîches, une petite merveille de douceur. Je fais l’impasse sur ma ligne, on peut s’octroyer de temps à autres un petit plaisir sans culpabiliser.
Installée confortablement, je regarde par la baie vitrée. Le paysage baigne dans une clarté blanchâtre, lumineuse. Les réverbères sont allumés et déposent une couleur orangée sur le tapis blanc. Le filet d’eau de la fontaine s’est transformé en glaçon, on dirait une stalactite !
Je suis absorbée par la contemplation de ce décor hivernal lorsque mon regard est attiré par une jeune femme, presque une adolescente, que je n’avais pas aperçue tout de suite. Elle est assise sur l’un des bancs, et semble indifférente à la neige qui tombe en petits flocons serrés. J’appelle le garçon.
- Jeune homme, s’il vous plaît, connaissez-vous cette jeune fille assise sur le banc ?
Il regarde et secoue sa tête.
- Je suis désolé, je ne l’ai jamais vu. Puis-je vous être d’une quelconque utilité ?
- Gardez-moi ma place, je reviens de suite.
Je sors de la brasserie et me dirige vers la silhouette emmitouflée dans un manteau de laine confortable, qui semble la protéger du froid ; pourtant elle tremble.
- Mademoiselle, vous ne devriez pas rester figée sur ce banc. La température descend de plus en plus, vous allez attraper du mal.
Elle ne semble même pas m’entendre. Tout doucement, je pose ma main sur son bras. Soudain elle sort de sa léthargie et me regarde fixement.
- Que me voulez-vous ?
- Simplement vous inviter à prendre une boisson chaude dans cette brasserie. J’ai le sentiment que vous n’allez pas très bien et, à l’intérieur nous serons mieux pour parler.
La jeune fille semble hésiter, puis se lève et m’accompagne. Je fais signe au garçon de m’apporter un deuxième thé et une tartelette. Je la regarde, elle semble si jeune, dix neuf ans, peut-être moins. Soudain, elle lève sa jolie tête, ses yeux s’emplissent de larmes et, ne pouvant pas maîtriser le tremblement qui agite ses lèvres, elle me dit dans un souffle :
- Je viens de quitter définitivement ma famille, ce n’était plus vivable.
On dit que l’histoire ne se répète jamais, mais…. quelle similitude !
Je classe dans mon esprit les arguments que je vais faire valoir pour la faire revenir sur sa décision : tu es si jeune, tu es sans doute encore lycéenne, la vie est dure, se retrouver sans un toit, sans rien, n’est pas simple, tu es une proie facile, le monde qui t’entoure n’est pas tout rose. Il va te falloir beaucoup de courage pour affronter cette nouvelle vie…
Mais au moment où je m’apprête à prendre la parole apparaît, fugace, presque subliminale, l’image de l’adolescente malheureuse que j’étais. Je me tourne alors vers elle, et je lui dis simplement :
- Tu as eu raison.
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